Le soir tombe, le bois est sec, tout le monde attend les flammes. Et pourtant, dans la majorité des situations de bivouac en France, allumer ce feu vous met en infraction. Pas parce qu’un garde forestier a mauvais caractère, mais parce que le code forestier pose une règle nationale que peu de campeurs connaissent vraiment.
La réglementation du feu de camp n’est pas une zone grise : elle est écrite, chiffrée, et assortie d’amendes. Le problème, c’est qu’elle se répartit entre plusieurs textes, plusieurs autorités, et qu’elle change selon que vous êtes en forêt, sur une plage, en montagne ou dans votre jardin. On a rassemblé ici ce qui s’applique concrètement, avec les articles de loi, les montants réels, et surtout la marche à suivre quand vous voulez du feu sans risquer 750 € ni déclencher un départ d’incendie.
La règle de base : 200 mètres, et elle s’applique partout en France
Commençons par le texte qui prime sur tout le reste, parce qu’il vaut sur l’ensemble du territoire, sans qu’aucun arrêté local ne soit nécessaire.
L’article L131-1 du code forestier interdit à toute personne autre que le propriétaire du terrain, ou ses ayants droit, de porter ou d’allumer du feu sur les terrains boisés et jusqu’à 200 mètres des bois, forêts, landes, maquis et garrigues.
Lisez bien la formulation : « porter ou allumer ». Le texte ne parle pas seulement du feu de camp au sol. Il couvre aussi le fait d’apporter une source de feu dans cette zone. Et la distance de 200 mètres est bien plus contraignante qu’il n’y paraît sur le terrain : sur une carte IGN, une bande de 200 mètres autour de chaque lisière avale une part énorme des emplacements de bivouac attrayants. Cette clairière parfaite en bord de forêt ? Elle est dans la zone.
Ce que vous risquez
Le non-respect de cette interdiction, comme la violation d’un arrêté préfectoral d’interdiction, constitue une contravention de 4e classe : amende forfaitaire de 135 €, et jusqu’à 750 € en cas de poursuite devant le tribunal.
Ce montant reste le scénario favorable. Si votre feu provoque un incendie, même sans intention, la qualification change complètement et bascule vers le code pénal, avec des peines qui n’ont plus rien à voir avec une contravention. C’est la vraie raison d’être prudent, bien avant la crainte de l’amende.
Où le feu est interdit, toléré ou possible
Au-dessus du socle national se superposent des régimes locaux. Voici la lecture par type de zone, celle qui vous servira réellement au moment de choisir un emplacement.
- Parcs nationaux (Écrins, Vanoise, Mercantour, Cévennes, Calanques, Port-Cros, Pyrénées) : feu interdit, sans exception ni tolérance. Le bivouac lui-même y est déjà très encadré.
- Forêts domaniales et communales : interdit pour toute personne qui n’est ni propriétaire ni ayant droit, donc pour vous. Certains sites aménagés proposent des foyers en dur, qui sont l’exception explicitement prévue.
- Terrain privé, avec accord du propriétaire : c’est le seul cas où le code forestier ouvre une porte, puisque le propriétaire et ses ayants droit sortent de l’interdiction. L’accord doit être réel, et l’arrêté préfectoral du moment continue de s’appliquer.
- Littoral et plages : la compétence appartient au maire, et la très grande majorité des communes littorales interdisent le feu par arrêté municipal. Le sable qui semble inoffensif ne change rien à la règle, et les braises enterrées dans le sable brûlent les pieds des promeneurs bien après votre départ.
- Montagne et estives : réglementation locale variable, mais la saison sèche déclenche presque systématiquement des interdictions préfectorales. Au-dessus de la limite des arbres, le bois manque de toute façon, et prélever du bois mort dans un milieu pauvre l’appauvrit encore.
- Zones à risque incendie élevé (pourtour méditerranéen, Sud-Ouest, Corse) : arrêtés préfectoraux saisonniers, souvent d’interdiction totale de l’emploi du feu de juin à septembre, y compris pour les propriétaires.
Le réflexe à garder : l’absence d’interdiction affichée ne vaut pas autorisation. Le code forestier s’applique même sans panneau.
Comment vérifier avant de partir : trois minutes suffisent
Vérifier n’est pas compliqué, c’est juste rarement fait. Trois sources, dans cet ordre.
1. L’arrêté préfectoral en vigueur
Chaque préfecture publie son arrêté « emploi du feu » sur son site, en général dans la rubrique sécurité civile ou feux de forêt. C’est le document qui fait foi pour le département, et il précise les périodes d’interdiction, les dérogations éventuelles et les zones concernées. Il change d’une année sur l’autre : celui que vous avez lu l’été dernier n’est plus le bon.
2. La carte de risque de feux de forêt
Météo-France publie une carte quotidienne du risque d’incendie par département, avec un code couleur du vert au rouge. En niveau élevé, même là où le feu serait normalement toléré, il devient une très mauvaise idée. C’est aussi souvent le déclencheur des arrêtés d’interdiction temporaire.
3. La mairie ou le propriétaire
Pour une plage, un terrain communal ou un site précis, l’arrêté municipal complète le dispositif départemental. Un appel à la mairie règle la question en deux minutes. Sur terrain privé, l’accord du propriétaire doit être explicite, et il ne dispense pas de respecter l’arrêté préfectoral.
Ce travail de vérification fait partie de la préparation d’une sortie au même titre que la météo. Il rejoint les réflexes détaillés dans notre guide pour choisir son emplacement de bivouac, où la question du terrain se pose avant même celle du feu.
Faire du feu chez soi : là, les règles changent
C’est la question qui revient le plus souvent, et c’est aussi celle où la confusion est la plus fréquente. Chez vous, dans votre jardin, vous n’êtes plus dans le même cadre juridique. Deux régimes bien distincts se croisent, et beaucoup les mélangent.
Feu d’agrément et brûlage de déchets verts : ne pas confondre
Le brûlage à l’air libre des déchets verts (tontes, tailles de haies, feuilles mortes) est interdit en France, pour les particuliers comme pour les professionnels, en application de la circulaire du 18 novembre 2011. L’amende encourue est de 450 €. La raison est sanitaire autant qu’environnementale : brûler 50 kg de végétaux humides émet autant de particules fines que plusieurs milliers de kilomètres parcourus en voiture.
Un feu d’agrément ou de cuisson alimenté avec du bois sec non traité relève d’une autre logique. Barbecue, brasero, foyer extérieur : ce n’est pas du brûlage de déchets, et cet usage reste possible, sous réserve de trois conditions. D’abord qu’aucun arrêté préfectoral de sécheresse ne l’interdise. Ensuite que votre jardin ne se trouve pas à moins de 200 mètres d’un bois, sinon le code forestier reprend la main. Enfin que le voisinage ne subisse pas de nuisance répétée, la fumée récurrente pouvant être qualifiée de trouble anormal.
La règle simple à retenir : un brasero n’est pas un incinérateur. Le jour où vous y jetez les tailles de haie, vous basculez dans la catégorie interdite.
Le foyer surélevé, la solution la plus propre
Quand on veut du feu régulièrement chez soi, le foyer posé à même le sol est la mauvaise option. Il stérilise la terre, laisse une cicatrice noire durable, et surtout il rend l’extinction difficile à contrôler puisque les braises s’enfoncent dans le sol.
Un foyer surélevé règle les trois problèmes d’un coup : aucune chaleur transmise au sol, braises entièrement contenues dans une cuve, cendres récupérables en une seule opération. C’est aussi ce qui permet de cuisiner correctement, avec une plancha ou une grille posée sur le rebord.
Deux voies possibles. Acheter un brasero du commerce, avec le compromis habituel entre prix et épaisseur d’acier. Ou fabriquer le vôtre à partir d’une cuve pour la fabrication de brasero extérieur, c’est-à-dire un fond de cuve en acier épais sur lequel vous montez vos propres pieds. Le second choix a un avantage concret quand on veut du durable : l’épaisseur d’acier. Un fond de cuve de 3 à 4 mm encaisse des années de cycles chauffe-refroidissement sans se voiler, là où les modèles d’entrée de gamme en tôle fine se déforment au bout de quelques saisons. C’est le même raisonnement que sur le matériel de bivouac : la pièce qui prend la contrainte mérite qu’on regarde ses cotes avant son prix.
Le protocole d’un feu propre, de l’installation à l’extinction
Quand vous êtes dans un cas où le feu est autorisé, reste à le faire correctement. Voici le déroulé complet.
Préparer l’emplacement
Dégagez un cercle de trois mètres de diamètre autour du foyer, jusqu’au sol minéral : terre nue, sable, gravier. Retirez tout ce qui brûle, y compris l’humus, qui peut se consumer en profondeur pendant des heures sans flamme visible et ressortir à plusieurs mètres. Vérifiez aussi ce qu’il y a au-dessus : une branche basse à deux mètres du foyer prend feu plus vite qu’on ne l’imagine.
Si un foyer existe déjà sur le site, utilisez-le plutôt que d’en créer un nouveau. Un emplacement déjà marqué vaut mieux que deux.
Allumer
Un bon feu se construit avant de s’allumer : amadou ou écorce de bouleau, puis brindilles de la taille d’une allumette, puis bois de la taille d’un doigt, puis du poignet. Le bois doit être mort et sec, ramassé au sol. Le bois vert fume énormément, chauffe mal et ne sert à rien.
Côté allumage, ayez toujours deux moyens indépendants sur vous. Un briquet tempête fonctionne là où un briquet classique s’éteint au premier coup de vent. Une pierre à feu continue de produire des étincelles mouillée, ce qui en fait le recours quand tout le reste a échoué : notre article sur la technique de la pierre à feu détaille le geste, qui demande un peu d’entraînement. Des allumettes de survie complètent bien l’ensemble, elles restent allumées sous la pluie et dans le vent.
Entretenir et surveiller
Un feu de camp utile est un feu petit. Un foyer de 40 à 50 cm de diamètre chauffe, éclaire et permet de cuisiner. Au-delà, vous consommez plus de bois, vous projetez plus d’escarbilles et vous ne gagnez rien. Un feu ne se laisse jamais sans surveillance, même quelques minutes, et un seau d’eau ou une réserve de sable reste à portée de main en permanence.
Éteindre : le protocole en quatre temps
C’est l’étape la plus souvent bâclée, et c’est pourtant celle qui déclenche les incendies. Un feu laissé « presque éteint » peut reprendre plusieurs heures plus tard sous l’effet du vent.
- Arrêtez d’alimenter 45 minutes avant le départ ou le coucher, pour laisser le bois se consumer complètement.
- Versez de l’eau généreusement, en plusieurs fois, jusqu’à ce que le grésillement cesse totalement.
- Remuez les cendres avec un bâton et arrosez de nouveau : les braises se cachent en dessous, et c’est là qu’elles survivent.
- Testez avec le dos de la main au-dessus des cendres. S’il reste la moindre chaleur, le feu n’est pas éteint. Recommencez.
Puis dispersez les cendres froides et remettez le sol en état. Un emplacement de bivouac se quitte sans trace de votre passage, principe qui vaut pour le feu comme pour le reste du campement.
Quand le feu est interdit : les alternatives qui fonctionnent
Dans la majorité des bivouacs français, vous serez dans un cas d’interdiction. Ce n’est pas une fin de soirée pour autant.
Un réchaud à gaz ou à alcool couvre l’essentiel de ce que vous demandiez au feu : l’eau chaude et le repas. Il est d’ailleurs plus rapide et beaucoup plus régulier. La plupart des arrêtés préfectoraux tolèrent les réchauds là où le feu ouvert est interdit, mais vérifiez le texte, certains les incluent dans l’interdiction en période rouge.
Pour cuisiner sans flamme du tout, un barbecue solaire fonctionne par concentration du rayonnement, sans combustible et sans risque d’étincelle. C’est l’option qui passe partout, y compris en interdiction totale.
Côté chaleur, la réponse n’est pas le feu mais l’équipement. Un sac de couchage à la bonne température de confort et un bon matelas isolant vous tiendront chaud toute la nuit, ce qu’un feu ne fait de toute façon pas une fois éteint. Une couverture de survie dans le fond du sac reste le complément d’urgence classique.
Questions fréquentes sur le feu de camp
Est-ce légal de faire un feu de camp en France ?
Pas librement. L’article L131-1 du code forestier l’interdit à toute personne qui n’est ni propriétaire du terrain ni ayant droit, sur les terrains boisés et jusqu’à 200 mètres des bois, forêts, landes, maquis et garrigues. En pratique, le feu n’est légal que sur un terrain privé avec accord du propriétaire hors de cette zone, sur un site équipé d’un foyer aménagé, ou chez vous, et toujours sous réserve de l’arrêté préfectoral en vigueur.
Comment savoir si je peux faire un feu à un endroit précis ?
Consultez l’arrêté « emploi du feu » de la préfecture du département, puis la carte quotidienne du risque de feux de forêt. Pour une plage ou un terrain communal, ajoutez l’arrêté municipal. Mesurez enfin votre distance à la lisière boisée la plus proche sur une carte : sous 200 mètres, la réponse est non.
Puis-je faire un feu de camp dans mon jardin ?
Un feu d’agrément alimenté en bois sec non traité est possible si votre terrain se trouve à plus de 200 mètres d’un bois, si aucun arrêté de sécheresse ne l’interdit et si la fumée ne crée pas de nuisance pour le voisinage. En revanche, y brûler des déchets verts est interdit et vous expose à 450 € d’amende. Un foyer surélevé reste la solution la plus sûre, puisqu’il isole les braises du sol.
Quelle amende pour un feu de camp interdit ?
Il s’agit d’une contravention de 4e classe : 135 € d’amende forfaitaire, jusqu’à 750 € devant le tribunal. Si le feu provoque un incendie, même involontairement, la qualification pénale et les sanctions sont sans commune mesure.
Un réchaud est-il concerné par l’interdiction ?
Le plus souvent non : les arrêtés visent généralement le feu ouvert et tolèrent les réchauds. Certains textes les incluent malgré tout en période de risque très élevé. Comme la formulation varie d’un département à l’autre, la lecture de l’arrêté reste nécessaire.
Ce qu’il faut retenir
La réglementation du feu de camp tient en une règle et trois réflexes. La règle : pas de feu à moins de 200 mètres d’un bois si vous n’êtes pas chez vous, sous peine de 135 à 750 €. Les réflexes : vérifier l’arrêté préfectoral avant de partir, préférer un foyer existant ou surélevé à un feu au sol, et consacrer un vrai temps à l’extinction plutôt qu’un seau d’eau vite versé.
Le reste tient à l’équipement. Deux moyens d’allumage indépendants, un réchaud pour ne pas dépendre du feu, un couchage dimensionné pour la saison, et vous n’aurez plus jamais besoin d’un feu de camp pour passer une bonne nuit dehors. Pour aller plus loin sur le choix du terrain, notre sélection des meilleurs spots de bivouac en France précise les contraintes réglementaires région par région.

